CHRISTINE LEENHARDT

est la créatrice de la marque
et des bijoux IBUKI.

Pourquoi avoir choisi un nom japonais pour votre marque ?
IBUKI signifie le souffle, et par extension le renouveau et l’inspiration.
J’ai envie de créer des bijoux qui expriment des aspirations et suscitent des émotions. Il ne s’agit pas de plaquer un Japon de carte postale ou de surfer sur une mode, mais bien d’aller chercher ce qui dans cette culture si éloignée nous interpelle tant.

J’ai découvert l’esthétique japonaise chez mes grands-parents collectionneurs d’art asiatique, et avec mon arrière-grand-mère qui me racontait le Transsibérien et le port de Shanghai. J’étais particulièrement fascinée par les paravents en papier doré à la feuille, si délicats et expressifs, que je contemplais chez elle.
Plus tard, lors de mes études de graphisme, j’ai découvert les estampes d’Hiroshige et la beauté des kimonos anciens. J’aimais l’asymétrie des compositions, les ruptures entre le gros plan et les paysages, les motifs mêlant fleurs, feuillages et symboles.

Et puis je suis toujours frappée par la place du vide, un vide qui n’est pas néant mais respiration, dans les œuvres japonaises. Parfois, la surface complétement unie d’une laque s’anime par la magie d’un minuscule bateau qui la transforme en mer mouvante. Ce sont des notions que j’ai envie d’appliquer à la création de bijoux.

J’apprécie particulièrement les bijoux Art Nouveau et Art déco. Mais j’aime aussi le travail des créateurs de bijoux modernistes des années 60/70, qui ont su renouveler le rôle et le porté du bijou.
Au Japon, ce qui donne vraiment de la valeur à un objet, ce n’est pas tant le coût de sa matière mais plutôt la sincérité et l’intensité de la démarche de son créateur. La manière dont cet objet est apprécié, utilisé et transmis complète le travail du créateur. C’est un mouvement qui me paraît entrer en résonance avec beaucoup d’aspirations de notre société aujourd’hui.

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Il me semble que, traditionnellement, les Japonaises ne portent que très peu de bijoux ?
Oui, et ma démarche peut donc paraître paradoxale. Dans la tradition, la façon dont le kimono est porté, et l’importance de son décor n’appellent pas d’ornementation supplémentaire, si ce n’est celle de la coiffure.
Mais nous vivons au XXIè siècle, et notre parure quotidienne manque souvent d’une certaine qualité d’expression et de personnalisation, que nous soyons européennes ou japonaises !
Un bijou doit mettre en valeur la beauté d’une femme, mais aussi lui permettre d’exprimer son style, sa sensualité, ce qui la touche.
J’aime l’idée de porter un beau pull ou une robe toute simple et de les transformer selon notre humeur grâce à un bijou porteur de sens. C’est pour moi la vraie élégance.

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Expliquez-nous le nom de cette première collection, ‘Instants précieux’ ?
J’ai voulu matérialiser ces instants rares où nous nous sentons en pleine connivence avec notre environnement, particulièrement avec les éléments naturels ; ces instants éphémères où nous oublions notre quotidien et retrouvons notre capacité d’enfant à nous émerveiller de la beauté d’un ciel nuageux, d’un arbre sous la neige, d’un pétale flottant sur l’eau… L’art japonais est pétri du sentiment de ‘mono no aware’, cette conscience aiguë, empreinte de nostalgie, du caractère éphémère de toute beauté.
Mais je pense que ce n’est pas un sentiment réservé à quelques spécialistes, ou aux seuls poètes. Retrouver un lien plus intime avec la nature et le cycle des saisons nous permet de nous sentir plus en harmonie avec nous-mêmes.
D’autre part, offrir ou s’offrir un bijou est souvent un geste lié à un moment choisi, qu’on a envie de se remémorer : déclaration d’amour, naissance, anniversaire … Ce sont aussi des instants précieux.

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Pourquoi ce choix de bijoux mêlant l’or et l’argent ?
J’aime travailler dans une économie de moyens. « Less is more » pourvu qu’il y ait du sens. Le contraste entre les deux couleurs de métal, entre l’éclat du poli et la douceur du satiné, me paraissent très expressifs. Comme peut l’être une calligraphie à l’encre noire sur fond blanc.
Je me suis livrée avec cette collection à un exercice de soustraction esthétique.
J’ai voulu créer des tensions entre des formes épurées, en jouant avec les pleins et les vides, avec les lignes droites et les arrondis. Cela produit des designs forts et expressifs. Je me suis d’ailleurs inspirée pour certains modèles de symboles héraldiques très anciens mais qui sont encore aujourd’hui utilisés au Japon.

Mais j’aimerais bien sûr explorer dans des collections ultérieures des associations de métal avec la laque, le tissu, les perles…

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Comment travaillez-vous ?
Je suis avide de belles images. Je plonge régulièrement dans ma bibliothèque, je me promène beaucoup. Je fais des croquis et beaucoup de maquettes en papier.
Je suis heureuse de faire fabriquer mes bijoux en France, de pouvoir combiner des techniques de pointe et la qualité des finitions artisanales.

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